TEDx Saclay 2017 – Blockchain, le nouveau maillon de confiance pour la santé (video)

 

Prenez un instant pour réfléchir à un moment où votre vie a complètement basculé. J’ai vécu un de ces moments. Un moment où on sait qu’une opportunité unique se présente à nous et qu’il faut la saisir.

 

Je vais vous raconter comment ma vie a basculé lorsque j’avais 21 ans.

 

Je suis née et j’ai vécu en Roumanie jusqu’à l’âge de 13 ans. Un jour, mes parents m’ont proposé de déménager à Barcelone. Je leur ai fait confiance et je les ai suivis. Il faut dire qu’à l’époque je n’avais pas trop le choix. Je leur ai fait confiance à nouveau lorsque 3 ans plus tard ils m’ont proposé d’intégrer un internat en Suisse. A la fin de mon lycée, c’est eux qui m’ont fait confiance lorsque je leur ai annoncé que j’allais faire des études de pharmacie à Paris. Au cours de ma 3ème année, j’ai fait confiance à une de mes professeurs qui m’a proposé d’intégrer une école de commerce en parallèle. Et c’est justement pendant l’un de ces cours de commerce que je suis tombée par hasard sur le profil Twitter d’un de mes profs. Il avait écrit dans sa bio « expert en #blockchain ».

 

J’avais déjà entendu ce mot avant mais je n’avais jamais compris ce que c’était. Par curiosité je suis allée lui demander de m’expliquer ce qu’est la blockchain. Il m’a répondu « si tu arrives à comprendre par toi-même, ça peut changer ta vie ». Je vous avoue que sur le coup ça m’a fait sourire. Mais finalement, je n’avais rien à perdre à essayer. Je lui ai fait confiance. Et maintenant, je suis devant vous aujourd’hui pour partager ce que j’ai appris.

 

La première chose que j’ai apprise c’est évidemment ce qu’est une blockchain. Pour faire simple : c’est une technologie qu’on peut imaginer comme un registre sécurisé de transactions entre plusieurs entités. Cette technologie a des applications dans plein d’industries. Personnellement, au regard de mes études, ce sont les usages dans le secteur de la santé qui m’ont le plus parlé et que j’ai le plus exploré ces dernières années.

 

La deuxième chose que j’ai apprise, c’est que la plupart des personnes ne comprennent rien à la définition que je viens de donner. Je vais donc essayer, à nouveau, de vous expliquer la blockchain par une autre formule simple. Reprenons le secteur de la santé. Si la santé repose sur la confiance et que la confiance se matérialise par la blockchain, alors la santé a besoin de la blockchain. Facile !

 

Sauf que, la troisième chose que j’ai apprise c’est que malheureusement, la santé ne repose pas toujours sur la confiance. Combien d’entre vous ici font entièrement confiance à l’industrie pharmaceutique, par exemple ? Maintenant combien d’entre vous aimeraient pouvoir faire entièrement confiance à cette industrie ?

En réalité, les chiffres montrent que plus de la moitié de la population ne fait pas confiance à l‘industrie de la santé et plus particulièrement à l’industrie pharmaceutique. Mais tout cela est sur le point de changer. Faites-moi confiance.

 

Quand on fait des études de pharmacie, on nous apprend le cycle de vie du médicament. On nous explique qu’il existe une chance sur 10.000 pour qu’un candidat médicament devienne un produit commercialisé sur le marché. Le processus qui mène de la recherche aux essais précliniques, aux essais cliniques et enfin au marché dure en moyenne 10 à 15 ans et coute la bagatelle de 1,5 milliards d’euros en moyenne à un laboratoire. Ils n’ont pas intérêt à se planter…

 

L’une des étapes les plus importantes et les plus critiques est la phase des essais cliniques. Les entreprises ont énormément de pression, comme vous pouvez l’imaginer, pour produire des résultats positifs et réussir à mener leur médicament sur le marché. Et pourtant, malgré les efforts considérables déployés pour sécuriser cette étape, tout ne se passe pas systématiquement comme prévu.

 

Imprécisions, données manquantes, discordances entre les registres papier et numériques. Les failles sont malheureusement nombreuses dans un système en pleine transformation. Et les industriels le savent, ils n’ont pas le droit à l’erreur. Ils sont systématiquement pointés du doigt lors de tout scandale lié au médicament. A raison parfois, mais aussi à tort. Parce que c’est simple n’est-ce pas d’entretenir le mythe du laboratoire qui ne cherche que le profit ? Et même si les industriels ne sont clairement pas irréprochables, la démarche d’essayer de réellement comprendre la situation reste bien plus difficile.

 

Quoi qu’il en soit, le constat est simple. Il y a une réelle rupture entre la population et l’industrie pharmaceutique. Une rupture de confiance.

 

Mais la blockchain est là pour redonner confiance à l’utilisateur dans les produits commercialisés par les labos. Imaginez la blockchain comme un grand registre sécurisé dans lequel on liste des informations. Mais ce registre est un peu spécial. Il est immuable c’est-à-dire que rien de ce qu’on écrit dessus ne peut être supprimé ou modifié. Il est aussi transparent c’est-à-dire que l’on peut l’auditer et s’assurer que les informations ont été correctement enregistrées. Enfin il est aussi très sûr puisque toutes les données sont cryptées. Sauf que dit comme ça, même si c’est déjà génial, vous allez me faire remarquer que ça n’apporte rien par rapport à des systèmes déjà existants et très performants de gestion des données. Et j’aurais tendance à être d’accord avec vous.

 

SAUF QUE la blockchain a un atout qu’aucune autre technologie au monde ne possède : la décentralisation. Je vous explique.

Dans une blockchain, il n’y a pas d’organisation centrale qui concentre les données. Tout est partagé entre un grand nombre d’ordinateurs. Pour modifier le registre sur un ordinateur il faut l’accord de tous les autres ordinateurs.

 

Pour illustrer cela, disons que je représente l’ancienne façon de stocker les données. C’est-à-dire de manière centralisée. Je possède les informations et je peux en faire ce que je veux.

 

Voyons maintenant ce qu’on appelle un système décentralisé. Là je vais avoir besoin de votre aide. Imaginons que moi je représente un ordinateur et que chacun d’entre vous dans cette salle représente un ordinateur également. Maintenant, je vous invite à regarder sous votre siège. Vous trouverez une copie identique du registre que je possède. Je ne suis plus la seule à posséder les informations. Nous avons tous les mêmes données. Autrement dit, on n’a pas qu’un seul ordinateur dans le réseau qui concentre tout. On a une chaine d’ordinateurs avec chacun le même registre de données. On a ce que l’on appelle une chaine de blocs. Une blockchain.

 

Si je veux modifier un élément, vous allez tout de suite vous en apercevoir car un registre sera discordant des autres. Pour pouvoir amener un changement, nous devrions tous nous mettre d’accord et changer le contenu de nos registres respectifs. C’est comme cela que fonctionne la blockchain. Et c’est ce qui fait sa force.

 

Mais revenons à la santé. Jusqu’à aujourd’hui, l’industrie pharmaceutique gérait seule le processus d’essais cliniques, pour le meilleur mais aussi parfois pour le pire.  Mais à partir de maintenant, une autre possibilité s’offre à nous. On peut enregistrer les documents issus d’essais cliniques sur une blockchain. Et dans le réseau, il n’y aura pas que le labo, on aura aussi des centres participants, des agences règlementaires, des centres de recherche, etc. Et là tout est diffèrent. On n’a plus un laboratoire qui est seul maître à bord. On a plusieurs parties prenantes qui vont, elles aussi, s’assurer de la validité des informations et du bon fonctionnement du système. On a une gestion décentralisée.

 

Le calcul est là encore très simple. Feriez-vous plus confiance à un système centralisé géré par une seule entité ou à un système transparent et décentralisé où chacun veille au bon comportement des autres ? Qui est pour le système centralisé ? Qui est pour le système décentralisé ? Vous venez d’adopter la blockchain.

 

Mais poussons la réflexion plus loin. Notre médicament est arrivé sur le marché en ayant respecté toutes les procédures. Il doit à présent aller du labo jusqu’à la pharmacie et in fine jusqu’au patient. Là encore, on est obligé, malgré nous, de faire confiance à des intermédiaires sur cette chaine de distribution du médicament qui vont s’assurer qu’aucun produit de contrefaçon n’est distribué.

 

La contrefaçon est un problème majeur dans les pays en voie de développement où jusqu’à 30% des médicaments utilisés sont faux. Des patients décèdent parce que les produits qu’ils ont pris sont toxiques ou ne sont pas assez efficaces pour soigner leur maladie. L’utilisation d’une blockchain sur la chaine de distribution du médicament pourrait apporter une preuve irréfutable que le produit est bien passé par chaque intermédiaire de confiance de cette chaine. Il a bien été mis sur le marché pas un laboratoire fiable et sa distribution n’a pas été altérée. Le patient final saurait de manière certaine que le produit qu’il est sur le point de prendre n’a aucune origine suspecte. C’est le bon médicament.

 

Je ne vous ai donné là que deux exemples d’utilisation de la blockchain dans le secteur de la santé. Il y en a encore plein. C’est génial, non ?

 

En fait, quand je vous raconte ça comme ça, on a l’impression que tout est rose et qu’il suffit de la blockchain pour tout changer. Mais ce n’est pas vrai. La blockchain ce n’est qu’un outil. Pour l’implémenter, il faut un réel changement de paradigme. Il faut redéfinir les priorités. Ou plutôt, il faut replacer le patient au centre des priorités. Parce que la confiance des patients dans leur système de santé, ça, ça n’a pas de prix. Je m’adresse à vous, représentants de laboratoires pharmaceutiques. Etes-vous prêts à franchir le cap ?

 

Mon père m’a toujours dit que le train qui peut changer le monde ne passe qu’une seule fois dans une vie. Il y a même des gens qui passent leur vie entière à l’attendre. Aujourd’hui je vous demande de me faire confiance. Parce que le train est là. Et il peut vraiment changer le monde, changer notre société, changer nos rapports les uns avec les autres. C’est mon prof qui m’a tendu la main pour monter à bord, et j’ai eu raison de lui faire confiance. Maintenant c’est à mon tour de vous inviter à nous rejoindre dans ce train vers un avenir où la technologie, au lieu de nous éloigner, nous rapproche. Faites-moi confiance !

 

Merci.

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